Capture de Nicolás Maduro par les États-Unis : quelques clés d'explication

Capture de Nicolás Maduro par les États-Unis : quelques clés d'explication
Des explosions sont survenues dans la nuit du 02 au 03 janvier à Caracás, capitale du Venzuela. @RFI

Ce samedi 03 janvier, les tensions entre les États-Unis et le Venezuela ont atteint leur point culminant. Peu avant 2 heures du matin (heure locale), des explosions ont été entendues dans le sud et l'est de Caracas. Des avions ont également été aperçus en train de survoler la capitale et ses environs. L'attaque a été menée par les États-Unis, comme l'a confirmé quelques heures plus tard Donald Trump sur son réseau Truth Social. L'objectif principal de son opération militaire était de capturer le président vénézuélien Nicolás Maduro et sa femme Cilia Flores. C'est désormais chose faite.

Comment expliquer une telle situation ? Un retour en arrière s'impose.

Donald Trump a posté une photo de Nicolás Maduro sur son réseau Truth Social à 5h21 du matin (heure locale), soit 3 heures après le début des opérations militaires. On le voit menotté, les yeux bandés et équipé d'un casque anti-bruit à bord d'un navire de guerre états-unien.

Pré-requis de départ : qui est Nicolás Maduro ?

Nicolás Maduro est le Président du Venezuela depuis le 19 avril 2013. Il a succédé à Hugo Chávez, dirigeant du Venezuela de 1999 jusqu'à sa mort en 2013.

Il est à la tête du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV). Ce parti politique de gauche radicale fondé en 2007 par Chávez a pour objectif de mettre en place une révolution bolivarienne (en référence à Simón Bolivar). Elle consisterait en une transition pacifique du capitalisme vers "un socialisme du 21ème siècle". L'un de ses objectifs est de combattre l'impérialisme états-unien à travers l'union de tous les pays d'Amérique du Sud.

Depuis son élection en 2013, Nicolás Maduro a mis en place un régime autoritaire, mettant sous muselière ses potentiels opposants politiques et les forçant très souvent à l'exil. À partir de 2014, une grande crise économique a secoué le pays et de nombreuses manifestations réclamant sa démission ont été organisées. Celles-ci ont été fortement réprimées et se sont soldées par 115 morts. Face à cette situation, plus de 7,77 millions de personnes ont dû quitter le pays, selon un rapport de l'UNHCR publié en novembre 2024. C'est l'une des crises migratoires et humanitaires les plus importantes au monde. En parallèle, ses réélections de 2018 et 2024 ont été déclarées illégitimes par de nombreux pays car jugées frauduleuses.

Simón Bolivar, le "Libertador"

Simón Bolivar (1783, Caracas - 1830, Santa Marta) est une figure emblématique des indépendances latino-américaines. Il a notamment participé à l'indépendance de la Colombie (1810), du Venezuela (1811), du Pérou (1821), de la Bolivie (1825), de l'Équateur (1830) et du Panama (1903). C'est un symbole fort de l'anti-impérialisme occidental.


Les raisons de l'ingérence américaine

L'intervention américaine est justifiée par Trump par la menace que constituerait le régime de Maduro pour la sécurité nationale des États-Unis, notamment en lien avec le narcotrafic. Seulement, cet argument est bien faible lorsque l'on se penche sur la réalité du pays. D'abord, le véritable fléau états-unien n'est pas la cocaïne : c'est le fentanyl. Selon le rapport de 2023 du Centers for Disease Control and Prévention (CDC), quasi 70% des décès par overdose serait dû aux opioïdes contre 28% pour la cocaïne. De plus, selon le rapport de 2025 du United Nations Office on Drugs and Crime (UNODC), le premier producteur de cocaïne au monde est la Colombie (67% de la production), et non pas le Venezuela. Ce prétexte sécuritaire ne sert qu'à cacher la véritable motivation de Trump : le pétrole.

Le Venezuela possède les plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde (303 milliards de barils), devant l'Arabie saoudite (267 milliards de barils) et l'Iran (209 milliards de barils). Prendre le contrôle du Venezuela, c'est prendre le contrôle de ses ressources en hydrocarbures.

Enfin, envahir la Venezuela envoie un signal fort de puissance à la Chine, grande alliée de Maduro et ennemie des États-Unis sur la scène internationale.

Mais l'invasion du Venezuela ne s'est pas produite du jour au lendemain, elle résulte d'une montée en tension progressive s'étalant sur plus d'une décennie. Un retour sur la chronologie des évènements antérieurs est nécessaire pour mieux comprendre les tenants et les aboutissants de la situation.


Chronologie des évènements antérieurs

14 avril 2013 : Nicolás Maduro est élu Président de la République Bolivarienne du Venezuela

Il remporte de justesse le scrutin (50,61%) face à son opposant Henrique Capriles. Celui-ci ne reconnaît pas le résultat des scrutins et déclare illégitime le gouvernement de Maduro.

20 janvier 2017 : Donald Trump est élu Président des États-Unis

Le républicain remporte l'élection face Hillary Clinton (306 grand électeurs contre 232 pour la démocrate).

30 juillet 2017 : élection d'une Assemblée constituante illégitime au Venezuela

Face à l'opposition croissante de l'Assemblée nationale vénézuélienne, Maduro décide de créer et de faire élire une nouvelle Assemblée constituante parallèle. L'opposition boycotte cette élection – la jugeant illégitime – ce qui permet à cette seconde Assemblée de n'être composée presqu'exclusivement de partisans chavistes (c'est-à-dire de proches de Maduro). En réponse, Trump menace le Venezuela de sanctions économiques.

20 mai 2018 : réelection contestée de Maduro

Maduro renouvelle son mandat avec 67,8% des voix. Cette réélection est grandement facilitée par le boycott des élections par l'opposition – menant à un taux de participation de 46% au second tour. Les États-Unis ne reconnaissent pas cette élection, déclarant quelle n'est "ni libre ni juste".

23 janvier 2019 : Juan Guaidó s'autoproclame Président par intérim du Venezuela

Une trentaine de pays dont les États-Unis reconnaissent Guaidó comme Président légitime du pays.

28 janvier 2019 : les États-Unis s'attaquent à l'entreprise nationale de pétrole vénézuélienne, PDVSA

Cette mesure interdit à Petróleos de Venezuela SA (PDVSA) de faire du commerce avec des entités états-unienne et gèle ses avoirs à l'étranger. Notons que PDVSA est une entreprise publique depuis sa nationalisation en 1976 mais qu'elle possède des filiales, notamment aux États-Unis avec Citgo.

Le Venezuela possède les plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde (303 milliards de barils), devant l'Arabie saoudite (267 milliards de barils) et l'Iran (209 milliards de barils). C'est le facteur principal expliquant l'ingérence actuelle états-unienne.

28 avril 2019 : l'embargo décidé par Trump sur le pétrole vénézuélien entre en vigueur

Soulignons que fin 2018, trois quart des revenus pétroliers du Venezuela provenaient de clients états-unien.

26 mars 2020 : la tête de Maduro est mise à prix

Maduro est officiellement poursuivi par les États-Unis pour narcoterrorisme. Quiconque l'arrêtera se verra récompensé par la modique somme de 15 millions de dollars, soit 13,6 millions d'euros.

28 juillet 2024 : réélection contestée de Maduro

Maduro renouvelle son mandat pour la troisième fois consécutive. L'opposition conteste ces résultats tandis que les États-Unis ne reconnaissent pas la légitimité de son gouvernement.

20 janvier 2025 : retour de Trump à la Maison Blanche

Ce retour marque le renouveau de la crise diplomatique entre les deux pays, qui s'était atténuée durant le mandat de Joe Biden.

24 mars 2025 : renforcement des sanctions économiques

Trump signe un décret qui impose une taxe de 25% sur tous les biens importés aux États-Unis provenant de pays achetant du pétrole vénézuélien.

14 août 2025 : déploiement de la flottille de guerre américaine

Sous couvert de protéger la sécurité nationale américaine, plusieurs navires de guerre de l'US Navy – notamment un sous-marin d'attaque nucléaire et plusieurs destroyers – ont été envoyés dans la mer des Caraïbes. Actuellement, plus de 10% des forces navales états-uniennes déployées dans le monde se trouvent dans les eaux caribéennes.

15 octobre 2025 : Trump autorise la CIA à mener des opérations clandestines au Venezuela

Trump justifie cette décision par sa volonté de mettre un terme au trafic de drogue et à "l'immigration illégale de criminels vénézuéliens". Cela constitue une violation forte de la souveraineté du Venezuela.

11 novembre 2025 : arrivée du Gerard R. Ford au large des côtes vénézuéliennes

Long de 340 mètres, c'est le plus grand porte-avions du monde. C'est un signal fort que Washington envoie à Caracas ; on passe d'un arsenal préventif à un dispositif d'attaque. Le discours états-unien se radicalise encore plus : le régime de Maduro est une menace non seulement pour les États-Unis mais également pour la stabilité régionale. La Colombie ainsi que la Russie – allié proche du Venezuela – condamnent fermement ces actions.

03 janvier 2026 : les États-Unis kidnappent le couple présidentiel

Caracas est bombardé dans la nuit par les États-Unis. Quelques heures plus tard, Maduro et sa femme Cilia Flores sont capturés et emmenés vers le centre de détention provisoire de Brooklyn (New-York).


Quelles perspectives pour le Venezuela ?

Suite à la capture de l'ancien chef de gouvernement vénézuélien, nombreuses sont les rumeurs ayant circulé à propos de Maria Corina Machado concernant sa possible investiture. Cette opposante politique de longue date de Maduro et détentrice du Prix Nobel de la Paix de 2025 était en effet l'une des candidates favorites lors des élections présidentielles de 2024. Néanmoins, Trump a balayé très vite ces rumeurs lors de sa conférence de presse à Mar-a-Lago, en annonçant le contrôle effectif du Venezuela par les États-Unis.

"Nous allons diriger le pays jusqu'à ce que nous puissions nous assurer d'une transition sûre, appropriée et avisée. Nous ne voulons pas que quelqu'un d'autre s'implique".

Il a aussi explicité le contrôle effectif des ressources pétrolières du Venezuela par les compagnies pétrolières américaines :

"Nous allons demander à nos très grandes compagnies pétrolières américaines, le plus grandes au monde, d'intervenir, de dépenser des milliards de dollars, de réparer le infrastructures pétrolières gravement endommagées et de commencer à faire gagner de l'argent au pays".

Cette invasion marque le retour de l'impérialisme états-unien en Amérique latine, dont la dernière trace remontait à plus de 30 ans, avec l'invasion du Panama par les États-Unis en 1990 – alors gouverné par George H. W. Bush. Il ne faut pas se laisser leurrer par la rhétorique américaine : Trump vient de commettre un coup d'État. Reste à voir s'il sera rassasié avec le Venezuela, ou s'il a déjà d'autres pays en ligne de mire. Affaire à suivre.


Coralie Lozat, 04 janvier 2026